Joël et Marie-Danièle LEPEROU ⋅ Quand un enfant passe à l’islam : les familles chrétiennes sont-elles armées pour faire face à cette réalité et quelle aide apporter ?

5ème Forum en ligne - 17 avril 2021

L'intervenant

Joël et Marie-Danièle LEPEROU

Toutes ses interventions

I - Le passage à l’islam de notre fille

. les circonstances

. l’évolution

. les responsabilités

. est-ce évitable ?

 

II - Quelle(s) aides(s) avons-nous trouvé ?

. Important de ne pas rester seuls

. Prière de nos frères chrétiens (communauté de l’Emmanuel)

. Groupe « Cyprien & Daphrose »

- Situation actuelle du groupe

- Propositions pour l’avenir

 

 

I - Le passage à l’islam de notre fille

 

A- les faits et les circonstances

 

Notre fille a rencontré celui qui allait devenir son mari en février 2016 dans le cadre d’un stage qu’elle effectuait au sein d’une association catholique au service des handicapés.

« j’ai rencontré un homme et la religion » m’avait-elle écrit. Elle avait 20 ans.

 

L’homme de 10 ans de plus dont elle parlait, était un français baptisé de famille catholique (pour certains engagés dans l’église, un grand-oncle missionnaire jésuite, une tante engagée dans une association caritative catholique).

 

Sa religion,
nous l’apprîmes plus tard, cet homme était passé à l’islam un an auparavant, juste après les attentats de Charlie Hebdo, en janvier 2015.

 

L’évolution

 

En juin 2016, notre fille récitait la « chaada » dans une mosquée d’Angers (4 mois après sa rencontre avec son futur mari).

En août 2016, ils se marient religieusement avec deux imams, dans l’appartement d’un ami musulman (de tradition).

En mai 2017, ils se marient civilement.

Entre février et juin notre fille suivait un parcours de ré-orientation, après avoir arrêté des études de psychologie.

Parcours organisé par un établissement d’enseignement supérieur relevant d’un mouvement international, reconnu par l’église catholique.

Nous habitions à Clermont-Ferrand, l’établissement que fréquentait notre fille était situé dans une ville éloignée de chez nous et nos échanges avaient essentiellement lieu par téléphone ou SMS.

Notre fille nous annonça officiellement son passage à l’islam en juillet par mail alors que nous étions au Canada chez un de nos enfants.

Elle expliquait que l’homme dont elle était tombée amoureuse ne l’avait pas influencée mais cependant elle précisait qu’il lui avait simplement « ouvert une porte », qu’il avait répondu à ses questions, et qu’il « avait été le déclencheur ».

Pour nous sa décision est totalement liée à sa rencontre avec son mari musulman, n’ayant auparavant montré aucune intérêt pour l’islam.

Nous lui avons répondu que nous ressentions une très grande tristesse devant son choix, une grande douleur, mais ajoutant que notre amour pour elle restait inchangé, qu’elle restait notre fille chérie, et qu’elle ne serait évidemment pas exclue de la famille.

 

B - Le passage à l’islam de notre fille: l’évolution

Petit à petit nous nous rendons compte que notre fille adoptait les codes et coutumes,propres à la religion et la culture musulmane, que ce soit l’alimentation, la tenue vestimentaire, du foulard islamique au jilbeb (jilbab), tenue vestimentaire qui voile tout le corps. Le visage reste découvert.

Parallèlement elle abandonnait les traditions familiales, les fêtes religieuses chrétiennes (Noël, Pâques), puis toutes fêtes « occidentales » non-musulmanes (fêtes de mères et/ou pères, anniversaires, … ), elle n’écoutait plus de musique, ne prenait plus de photos (mais seulement des vidéos en direct).

Finalement, ils ont quitté la France, pour s’installer dans un pays du magrehb.

Ils se définissent comme des salafistes quiétistes (salafiste venant de salaf, en référence aux premiers disciples de mahomet).

En quelques mois, elle a acquis un nouveau référentiel idéologique rigide et sectaire.

 Précision importante :

Nous rendons grâce à Dieu, notre fille n’a pas rompu avec sa famille (parents et frères), elle nous appelle souvent, nous accueille chez elle, nous donne des nouvelles et nous voyons nos petits enfants.

(MD) J’ai passé 4 semaines avec elle pour l’aider pendant sa fin de grossesse et avons vécu de bons moments de complicité.

Mais elle refuse de revenir en France, même pour un court séjour, ce qui constitue une forme de rupture, car elle ne peut plus participer aux fêtes/rencontres familiales en France, l’interdiction de la musique, de l’alcool et des nombreuses prescriptions qu’ils s’imposent sont un véritable obstacle.

Suite à une ou deux discussions, elle nous a clairement dit qu’elle ne voulait plus aborder le sujet de l’islam avec nous, partager notre quotidien oui, mais parler de religion non.

 

C - Le passage à l’islam : Était-ce évitable ? Qui est responsable ? Avions-nous une part de responsabilité ?

 

Notre attitude en tant que parent

Pendant les 4 mois (de février à juin) nous étions inquiets, notre fille était tombée amoureuse d’un homme qui était devenu musulman par choix personnel.

Pour ma part (MD) je me sentais désemparée, démunie, je n’ai pas cherché à instaurer un dialogue sur le thème de cette religion, m’en sentant incapable, je refusait de penser qu’elle deviendrait musulmane, ce n’était pas imaginable, en quelque sorte la politique de l’autruche.

Pour ma part (JL) j’ai exprimé le fait que notre fille deviendrait musulmane par amour.

Nous étions conscients que l’islam n’est pas la bonne voie vers Dieu, mais nous n’étions pas capable de susciter un questionnement, une réflexion personnelle chez notre fille.

En juillet 2016, un peu avant le mariage religieux, Joël souhaite rencontrer son futur mari pour le connaître un peu. Il est rentré en disant « ça c’est bien passé, nous n’avons pas parlé de religion ».

Cela nous paraît maintenant impensable, c’était La question essentielle, le sujet majeur à aborder avec lui.

Nous ne voulions pas que notre fille « se coupe » de nous et de sa famille à cause de cela.

A cette époque notre connaissance de l’islam était trop imprécise, trop vague, limitée à la vision externe occidentale : hallal, pas de porc et ramadan, communautarisme.

Nous n’étions pas informés, ni formés pour susciter un questionnement, pour les interpeller, pour poser des questions précises, comme par exemple, l’héritage, la condition de la femme, les infidèles et leur sort dans le coran.

 

L’attitude de l’équipe pédagogique de l’établissement

Notre fille a commencé à montrer de la curiosité, à poser des questions sur l’islam aux éducateurs.

J’avais aussi appelé l’école pour les alerter, puisque c’était eux qui étaient en contact avec elle.

Ils lui ont fait rencontrer un homme qui avait fait des études en théologie.

Ma fille m’en a parlé au téléphone, en me disant « il est resté neutre, il ne m’a pas influencée ». Elle avait dit aussi « il ne m’a pas placé dans une catégorie particulière ». Comment pouvait-il dire cela, alors qu’elle était baptisée, éduquée dans un foyer chrétien, et fréquentait des rassemblements comme ceux de Paray le Monial jusqu’à ses 17/18 ans !

Sa réponse pour nous est manifeste du relativisme ambiant face à l’islam.

Son milieu ne l’a pas mise en garde, sûrement par ignorance de l’évolution probable si elle faisait le choix de l’islam.

L’entourage de son futur mari

Une tante chrétienne qui ne s’inquiète pas, je l’ai eu longuement au téléphone.

Un chrétien, engagé dans un mouvement d’église, qui hébergea le son futur mari de notre fille pendant quelques mois et qui a dit au téléphone « les musulmans croient aussi en la résurrection ».

Pour résumer,
on peut parler d’une certaine complaisance (voir importante complaisance), d’un relativisme (tout se vaut), d’un déficit d’information, de formation chez les chrétiens, particulièrement chez les chrétiens en charge de mission de formation et d’éducation.

 

II - Les familles chrétiennes sont-elles armées pour faire face à cette réalité ? Quelles aides apporter aux familles ?

A - Ne pas rester seuls

Le constat que nous pouvons faire, c’est que nous n’étions pas armés pour faire face, pour savoir comment réagir, pour poser les bonnes questions, pour savoir à qui nous adresser.

Il est important que les familles ne se sentent pas jugées ou honteuses, d’éviter les réflexions du style « ils n’ont pas su éduquer leurs enfants ».

Mais nous n’attendions pas non plus que l’on nous dise

que ce n’est rien,

que c’est un chemin comme un autre,

qu’on a le même dieu,

que le principal c’est que notre enfant soit heureuse.

 

Pour aborder ce point « quelle aide apporter » nous évoquerons les aides providentielles mises sur notre route et qui répondaient à nos besoins.

En avril 2017 nous avons reçu dans notre boite aux lettres un courrier de l’association « Clarifier » (éclairer sur l’islam, informer, conseiller: sujets qui correspondaient exactement à nos interrogations du moment), c’était un appel à dons, d’un expéditeur inconnu.

Nous n’avions jamais entendu parlé de cette association, et à ce jour nous ignorons qui a pu nous l’envoyer (anges gardiens peut-être ;) , en tout cas de caractère providentiel).

Il y avait une adresse mél, j’ai écrit en racontant notre histoire.

Le lendemain matin, une personne m’appelait.

Il s’agissait d’Annie Laurent, à l’origine de la création de l’association « Clarifier ».

Ce nom nous était inconnu.

Nous avons longuement parlé, elle nous a proposé de lire un ouvrage qu’elle avait écrit « l’islam, pour tous ceux qui veulent en parler, mais ne le connaissent pas encore », et depuis elle nous a appelés pour avoir des nouvelles de notre fille et elle prie pour nous et pour elle.

 

B - Accompagnement fraternel

Cet accompagnement fraternel et spirituel, nous le vivons aussi avec un ami, ancien collègue de MD et membre de notre paroisse, tunisien d’origine né en Tunisie dans une famille de tradition musulmane, converti au christianisme et confirmé en 2010.

Il nous accompagne depuis le début (il y a 4 ans),

il prie pour nous, notre fille et sa famille (son mari et ses trois enfants),

demande ses nouvelles très régulièrement,

nous donne des paroles d’espérance,

c’est pour nous un accompagnement fraternel, fidèle, et une une aide très précieuse.

Annie Laurent nous a aussi parlé d’un forum qui devait avoir lieu le mois suivant en mai à Paris « Jésus le Messie ». Nous y sommes allés, et avons découvert entre autres « Mission Angélus », et des personnes qui avaient le désir de connaître mieux l’islam pour pouvoir rencontrer les musulmans, échanger et annoncer le Christ. Nous avons aussi rencontré des chrétiens venus de l’islam qui témoignaient de leur conversion au christianisme.

Nous avons commencé à nous former.

Petit à petit nous nous sommes sentis appelés à rencontrer les musulmans, à les aimer et à leur annoncer Jésus, ce qui n’était pas évident, car nous étions et sommes toujours très blessés.

Cela nous a permis de ne pas rester enfermés dans notre souffrance, de sortir de notre problème, de nous-mêmes, et aussi d’aller dans la rue à la rencontre des musulmans pour annoncer le Christ, acte d’amour envers les musulmans et chemin de guérison pour nous.

 

 C - Cyprien & Daphrose

En septembre dernier, sous l’intuition d’une personne responsable de Mission Angélus, on nous propose d’être responsables d’un groupe qui rassemblerait des familles dont un enfant est passé à l’islam ou vit dans un environnement islamisé (conjoint, école, copains, associations).

Il a été décidé de nommer ce groupe « Cyprien & Daphrose »

C’était un couple rwandais.

Après que son épouse ait prié pour lui avec foi et détermination pendant de longues années, Cyprien farouchement athée se convertit après une guérison.

Tous les deux deviennent des témoins rayonnants de l’Évangile.

Ils sont assassinés, avec 6 de leurs enfants, le 7 avril 1994 au matin, après une nuit de prière et d’adoration.

Leurs causes en béatification ont été ouvertes en 2015.

Ils sont invoqués pour l’évangélisation au sein des couples et des familles en difficulté.

Ce groupe « Cyprien & Daphrose » a été lancé il y a quelques mois, est composé pour l’instant de 3 familles (dont nous-mêmes), d’un prêtre référent et d’une personne responsable de Mission Angélus.

Actuellement nous communiquons par Whats'app.

Chaque famille présente sa situation et donne le prénoms de l’enfant.

Notre mission est d’accueillir,écouter, prier les uns pour les autres,

en insistant sur l’importance de continuer à aimer notre enfant (en actes et en paroles), à l’accueillir,

à donner des paroles d’espérance aux parents,

à proposer aux familles de s’informer, de se former sur l’islam

et d’approfondir notre propre foi en un Dieu trine,

et de prendre conscience que le dieu de l’islam n’est pas le Dieu des chrétiens.

 

Les propositions

Le groupe en est à ses débuts, et se cherche un peu.

Dans la prière et à l’écoute de l’Esprit-Saint, nous cherchons à concrétiser cette motion ressentie pour en faire une œuvre au service des familles.

Nous pourrions envisager d’organiser des rencontres par région avec une famille (ou une personne de la famille) qui serait plus particulièrement responsable.

Nous pourrions commencer avec 2 ou 3 familles sur une région.

L’entraide fraternelle, la prière les uns pour les autres nous semblent avoir besoin de proximité physique, même si actuellement nous faisons tout à distance.

Nous pourrions organiser un pèlerinage local vers un sanctuaire marial, avoir une messe ensemble, réciter le chapelet, partager autour d’un pique-nique, prendre contact avec un ou des monastères locaux pour leur demander la prière et leur partager la vie du groupe.

En fait ce serait créer des petites fraternités pour se donner des nouvelles, s’encourager, se stimuler dans la foi et l’espérance.

Et pourquoi pas, organiser des temps de mission et d’annonce auprès des musulmans (après un temps de formation), et aussi auprès de nos frères chrétiens.

 

 

 

CONCLUSION

 

La Providence à mis sur notre route les personnes qu’il nous fallait au moment où nous en avions besoin.

Joël en 2015, a ressenti la nécessité de prier l’Angélus trois fois par jour pour la conversion des musulmans, sans savoir ce qui allait nous arriver.

Le passage de notre enfant à l’islam est une croix, mais nous pouvons témoigner qu’à travers cette croix, le Seigneur nous fait avancer, nous fait grandir dans l’abandon, dans l’espérance.

La souffrance est toujours là, l’incompréhension aussi, mais notre foi et notre abandon ont grandi.

Annoncer le Christ nous permet de renforcer notre propre foi.

 

Continuons notre prière pour les familles concernées qui ne nous connaissent pas et souffrent.

et pour tous les musulmans, spécialement de France, qui attendent que nous leur annoncions l’Évangile « la bonne nouvelle ».

 

Dieu nous aime infiniment et aime infiniment nos enfants.

Il veut leur bien et ne les abandonnera jamais.

 

Appuyons nous sur Lui avec confiance, et sur la tendresse maternelle de la Vierge Marie.

« Jésus, j’ai confiance en toi »

Joël & Marie-Danielle

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